Le sucre… une histoire douce-amère !!!

Article sur le sucre par Jean Joyeux nutritionniste

Pourquoi le sucre revient-il aussi souvent sur le devant de la scène ces dernières années ? Sans doute parce qu’il occupe une place spéciale dans notre assiette… ou plutôt parce qu’il sait chatouiller notre palais avec une efficacité particulière ! Il faut avouer qu’une alimentation sans ces petites « douceurs » perdrait beaucoup de son charme. Et pourtant, cet aliment n’a pas toujours occupé autant de place sur nos tables. En effet, jusqu’au début de l’importation massive de la canne à sucre en Europe (17° siècle), on ne le connaissait guère que dans les milieux aisés, qui étaient d’ailleurs plus facilement sujets au surpoids ou à l’obésité. Les sources de sucre dont nous disposions étaient essentiellement des sources naturelles : les fruits, le miel…

Responsable des guerres et de l’esclavage !

L’usage de la canne à sucre se généralisant, l’utilisation du sucre est devenue un enjeu international à l’origine de nombreux conflits armés entre France et Angleterre notamment. Il n’a d’ailleurs pu se « démocratiser » que par la réduction de son coût de production…

Tout simplement en ne payant pas ceux qui le cultivaient, donc par l’esclavage !

Le blocus continental, mis en place contre les Anglais par la France de Napoléon I°, poussa à trouver un mode d’extraction industrialisable du sucre de betterave, mis en place dès 1812. Dès lors, la consommation de sucre n’a cessé d’augmenter, tout particulièrement après la deuxième guerre mondiale, où les capitaux américains ont permis de reconstruire une Europe dévastée. On parle encore parfois de cette « coca-colonisation », usant du symbole de la fameuse marque de soda, dont la diffusion a été bien aidée par l’installation de l’armée américaine en Europe, et ce durant toute la guerre froide.

30 paquets de sucre blanc par an ?

Le résultat est énorme : aujourd’hui la consommation de sucre moyenne dans le monde est de 20 kg par an et par personne environ, avec un record détenu par Singapour à 84 kg. En France elle semble s’être stabilisée à environ 25 à 35 kg par an et par personne, ce qui fait approximativement entre 68 et 96 g de sucre pur consommé par jour… en moyenne ! Imagineriez-vous consommer 15 morceaux de sucre par jour ? 

Et en Suisse, la consommation est de 44 kg par habitant/an, soit 120g par jour ou 20 morceaux de sucre !!!

Probablement pas. Sachez que beaucoup d’entre nous le font sans même le savoir, car le sucre est caché dans de nombreux aliments. On le trouve dans tous les plats préparés, dans le pain des fast-food, dans les sauces, dans les légumes en boîte, dans les « céréales » du petit déjeuner et tant d’autres produits d’usage courant encore. Il faudrait ajouter les féculents raffinés comme le pain blanc, les pâtes blanches, qui se comportent à peu près comme le sucre d’un point de vue métabolique. Mais que reproche-t-on au sucre ? N’est-il pas un aliment important ?

Du sucre ou du gras ? Les deux pour le prix d’un…

On entend dire en effet beaucoup de choses sur le sucre, entre autres qu’il est indispensable pour notre santé, et qu’il faut impérativement en apporter pour que notre cerveau fonctionne correctement. En réalité, il ne s’agit pas du sucre, mais d’un sucre : le glucose, qui n’est qu’un carburant préférentiel, car rapidement utilisable. Il est bien loin d’être le seul, car nous sommes en mesure de produire de l’énergie à partir des graisses ou des protéines. 

Oui, vous avez bien lu, il est possible de faire du glucose à partir des protéines, et de l’énergie à partir du gras. Et ce n’est pas une nouveauté !

Perturbateur endocrinien

Là où l’histoire se complique, c’est qu’il y a une grave confusion entre le glucose, dont le taux sanguin doit être le plus constant possible, et les autres glucides que l’on appelle trop facilement « sucres ». La réalité, c’est que certains glucides sont assimilables, dans le sens où nous avons tout ce qu’il faut pour les découper et les faire passer dans le sang, pendant que d’autres ne sont pas assimilables. Ceux qui ne sont pas assimilés ne sont autres que les fibres, qui iront nourrir notre bon microbiote intestinal. Ceux qui sont assimilables, les féculents, seront découpés en glucides de la plus petite taille possible (monosaccharides pour les experts), comme par exemple le glucose, le fructose ou le galactose… Plus l’obtention de glucose est facile, plus on fait monter la glycémie rapidement, et plus on fait produire de l’insuline au pancréas. Cette hormone est le signal du stockage : on met le glucose en réserve dans le foie et dans les muscles, et une fois que les réserves sont pleines, on le stocke sous une forme des plus rentables énergétiquement : des triglycérides…

Oui, du gras ! C’est bien l’excès de sucre et de féculents qui vous fait stocker du gras.

Antidépresseur ?

Le cerveau utilise préférentiellement le glucose pour fonctionner, c’est sans doute pour cette raison qu’une baisse trop importante ou trop rapide de la glycémie le met en difficulté. Il stimule un comportement de recherche des aliments en mesure de remonter la glycémie, et une sensation de danger qui nous rend facilement nerveux. A l’inverse, les grandes doses de sucre ont un effet apaisant, confinant parfois à l’euphorie… Même si peu d’entre nous s’en souviennent, il faut savoir que le lait maternel est assez riche en sucre (le lactose), et a une saveur légèrement sucrée. Cette saveur est associée dans le plus profond de notre instinct à une sensation de sécurité absolue. Ce n’est pas pour rien que l’on nomme bien souvent les aliments au goût sucré « douceur » !

La drogue la moins chère du monde !

En résumé, il faut comprendre que le sucre appelle le sucre. Consommer du sucre va ancrer un comportement en activant les « circuits de la récompense », ce qui suffit à activer un processus de dépendance. Cette dépendance sera amplifiée par les effets métaboliques du sucre, ce qui en fait la drogue générant la dépendance la plus forte !

Ces dernières années, une série d’étude a littéralement stupéfait la communauté scientifique. Des rongeurs étaient utilisés pour comprendre les mécanismes de dépendance aux drogues. Ils étaient partagés en deux groupes, l’un ayant accès à de la cocaïne, l’autre à de l’eau sucrée (supposé « placebo »).

Quelle ne fut pas la surprise des chercheurs, quand ils virent que la dépendance à l’eau sucrée générait un comportement plus agressif que la cocaïne !

Pas de doute, la dépendance au sucre existe bien. Le sucre est sans aucun doute la drogue la plus abordable qui soit, en vente libre, et ses effets sur la santé sont gravissimes. Mais cela n’empêche pas les industriels de l’utiliser à toutes les sauces, littéralement. Pas seulement parce qu’il donne de la texture aux produits. Il modifie le goût, le rend plus attractif, moins amer, et surtout plus addictif.

On veut authentiquement vous rendre dépendants à tous ces produits ultratransformés, parce que rien ne vaut un client fidèle. C’est une garantie de chiffre d’affaires.

Et peu importe si votre fidélité sera récompensée par tout un tas de pathologies graves. Dans le désordre, on sait qu’il est responsable du surpoids, de l’obésité, du diabète de type II, les troubles métaboliques, les maladies cardiovasculaires… et si ça ne suffisait pas, il est impliqué dans de nombreuses pathologies neuro-dégénératives, dépressions, et maladies auto-immunes…

 

Galilée, Pascal, Aristote, Platon, Ptolémée, Maïmonide… aucun de ces grands cerveaux n’a accédé à la connaissance grâce à la consommation de sucre, bien au contraire. Il n’était pas connu à leur époque et sous leurs latitudes. En revanche, nombreux sont les exemples de dictateurs, et autres hommes politiques ou criminels (qui trop souvent sont les deux à la fois), dont l’humeur changeante et l’agressivité font penser qu’ils souffraient de brutales baisses de glycémie, et faisaient couramment usage de sucreries pour retrouver un peu leurs nerfs.